Le diagnostic comparé des 3 territoires de JeTTT, par Patricia Loncle-Moriceau et Etch Kalala Mabuluki

Posté le 01 Déc 2016

Les jeunes et les politiques locales de jeunesse des territoires de Morlaix communauté, de la Communauté de communes de Moyenne-Vilaine-et-Semnon (CCMVS) et des quartiers de Kervénanec et de Bois-du-Château à Lorient:

diagnostic-compare_jettt-2016

Résumé du diagnostic comparé

L’objectif du diagnostic comparé est de synthétiser les principaux enseignements des diagnostics territoriaux conduits dans les trois territoires du projet Jeunes en TTTrans de mars à septembre 2016. Pour ce faire, classiquement pour la démarche comparative (Vigour, 2005), deux dimensions sont privilégiées ici : mettre en évidence les éléments de convergence qui sont à l’œuvre dans les territoires ; souligner les disparités et les spécificités propres à chaque territoire.

Méthodologie transversale

Afin de rendre nos diagnostics comparables, il a été décidé de se doter des mêmes objectifs d’investigation, recueils de données, angles d’analyse et plan de rédaction. Quatre objectifs transversaux ont été définis :

1/ proposer une photographie des jeunes du territoire ;

2/ établir une cartographie des acteurs de la jeunesse, de leurs liens et partenariats ;

3/ se centrer sur la question des usages de l’offre publique et associative par les jeunes ;

4/ repérer les besoins non-couverts, les jeunes non-touchés.

Il a été également convenu de déployer une démarche d’investigation à la fois qualitative et quantitative.

Les politiques publiques qui s’adressent aux jeunes dans les territoires

Chaque territoire possède sa vision de ce que peut contenir sa politique de jeunesse ; chaque territoire détient également une antériorité plus ou moins grande en la matière, des outils de mise en œuvre différents et des moyens également disparates.

Concernant les objectifs des politiques locales de la jeunesse, on peut constater l’existence d’une focale plus ou moins ouverte :

  • A Morlaix communauté: le Projet Politique Jeunesse vise l’accompagnement des jeunes, adultes de demain, en visant le bien-être, l’indépendance, la citoyenneté (développer l’esprit critique) et les relations entre les générations. Les jeunes sont concernés par la politique publique à partir de 11 ans.
  • A la CCMVS, les deux objectifs principaux sont l’accès à l’information et aux loisirs éducatifs. La politique publique s’adresse aux 11-25 ans ;
  • A Lorient, les objectifs centraux sont au nombre de trois : favoriser l’accès à l’information et au droit pour tous les jeunes ; accompagner l’émancipation des jeunes par le soutien aux projets, l’accès à la citoyenneté, le bien-vivre ensemble ; aider les jeunes dans leur insertion sociale et professionnelle. La politique publique s’adresse aux 16-29 ans.

Les instruments de politiques publiques apparaissent également très différents selon les territoires:

  • A Morlaix communauté, les principes d’action poursuivis sont : prendre en compte tous les acteurs éducatifs ; favoriser les expérimentations ; construire collectivement les actions avec les jeunes ; comprendre les contextes dans lesquels les jeunes évoluent ; tout en prônant, une action différenciée sur deux tranches d’âge :
  • A la CCMVS : un schéma directeur Enfance-jeunesse a été introduit en 2006 dans le cadre d’une expérimentation menée par le Conseil général (à l’époque) pour fixer les grandes orientations en matière de politique locale de la jeunesse.
  • A Lorient : pour l’ensemble du territoire, la Ville est parfois opératrice de la politique de jeunesse, parfois, elle travaille avec des associations conventionnées, parfois, ce sont d’autres échelons territoriaux ou d’autres acteurs qui interviennent. Dans les deux quartiers, la Ville développe des projets artistiques et culturels qui peuvent soit être adressés aux jeunes de manière « exclusive », soit intégrer une dimension jeunesse, soit les concerner aux côtés des autres générations.

Les usages du territoire par les jeunes

Nous avons cherché à comprendre comment les jeunes utilisent leur territoire de vie, comment ils mobilisent ou non les offres de services, de loisirs, de droit.

  • On peut souligner l’existence de thématiques communes aux trois territoires : la mobilité, l’accès au droit, aux services et à l’information, la santé, l’éducation, l’attachement au territoire, la participation et l’engagement des jeunes ainsi qu’une thématique transversale, le numérique ;
  • Et des thématiques qui se distinguent : à Kervénanec et Bois-du-Château, le multiculturalisme, la valorisation du quartier, les usages des espaces extérieurs, la place des filles ; à la CCMVS, le manque de liens avec les entreprises ; à Morlaix communauté, le sport et la culture et également le manque de liens avec les entreprises.

Analyse comparée des données recueillies dans les trois territoires mobilisés

  • Les éléments qui ne posent pas de problème dans les trois territoires : là encore, on trouve des éléments communs aux trois territoires (l’attachement au territoire et la présence d’équipements) et des éléments qui se distinguent (à Morlaix communauté : des jeunes qui ont des envies ; à la CCMVS : les relations des jeunes entre eux ; à Kervénanec et Bois-du-Château, la mixité sociale et le multiculturalisme, une offre de formation importante, la pratique des réseaux sociaux, le soutien des familles et lien social fort – pour les jeunes mais pas pour les professionnels) ;
  • Concernant es partenariats et les liens entre acteurs dans les trois territoires, compte tenu du nombre d’acteurs présents dans les trois territoires, de nombreuses relations interpersonnelles ont été bâties de longue date. Néanmoins, des différences apparaissent dans les façons de percevoir ces différences ; en particulier, des inquiétudes émergent des entretiens quant à la pérennisation de ces relations et quant au temps nécessaire pour les faire perdurer. A cet égard, les trois territoires ne sont pas complètement comparables ; notamment, on perçoit des dissemblances entre Kervénanec et Bois-du-Château. Ces points d’interrogation sont tout à fait attendus tant la question du partenariat est complexe. Cependant, les besoins de coordination dans les territoires apparaissent cruciaux et nécessitent d’introduire des réajustements permanents pour correspondre à la fois aux évolutions des acteurs et aux changements dans les besoins des jeunes.
  • Les points de questionnement et les pistes d’amélioration :
  • Sur la mobilité : les territoires évoquent des questions relatives à la mobilité « physique » (le fait de détenir ou pas le permis de conduire ; le coût des transports et des formations à l’extérieur du territoire ; l’exclusion sociales de certains jeunes) et à la mobilité « psychique » (la peur de sortir du territoire, le manque de connaissances lorsqu’il s’agit de recourir aux transports en commun, la culture du véhicule individuel) ;
  • Sur l’éducation, la formation et l’insertion des jeunes : les préoccupations sont nombreuses tant la question apparaît cruciale pour les professionnels et pour les jeunes : plusieurs points sont distingués et concernent les trois territoires ; le décrochage scolaire, les lieux de formation post-bac, l’isolement, les inégalités inter-territoriales et intra-territoriales, la sélection des publics.
  • Sur les éléments freinant l’accès au droit des jeunes, ont été mis en avant : la méconnaissance des droits, de l’aide publique, des lieux, des personnes ressources ; la peur de la stigmatisation et du non-respect de l’anonymat ; les difficultés à solliciter les droits (ce qui renvoie aux questions de mobilité) ; l’isolement des jeunes ; un trop grand ciblage des publics ; la méconnaissance des jeunes « invisibles » ; les besoins des professionnels de mieux connaître les droits des jeunes et de mieux se connaître entre eux.
  • Sur l’engagement et la participation des jeunes, si tout le monde s’accorde sur la nécessité de faire participer les jeunes dans les trois territoires, des questions restent en suspens : sous quelle forme peut-on envisager cette démarche, dans quel but et avec quels outils ? comment partir des envies et des besoins des jeunes, sachant qu’ils manifestent une certaine méfiance à l’égard des pouvoirs publics ? comment tenir compte de la précarité des conditions de vie de certains jeunes ?
  • Sur la santé, trois thématiques se dégagent : la question de la couverture santé et de l’accès à la santé (la couverture santé n’est pas toujours optimale, les questions de santé mentale sont insuffisamment couvertes, les jeunes et leurs parents manquent d’interlocuteurs) ; les nécessités de sensibilisation à certains éléments (les addictions, la contraception, le besoin de favoriser l’approche en promotion de la santé) ; l’apparition de « nouveaux risques » (les addictions aux réseaux sociaux, le cyber harcèlement) ;
  • Le numérique : dans les trois territoires, l’importance des outils numériques pour venir en support aux autres éléments partagés ressort fortement : en particulier pour améliorer la communication entre les professionnels, entre les jeunes et entre les jeunes et les professionnels.

Conclusion 

Dans les trois diagnostics, parmi les pistes de travail partagées se dégagent particulièrement deux éléments en matière de suivi des jeunes :

La nécessité de promouvoir un accompagnement collectif et individuel des jeunes en évitant des ruptures dans les suivis, en prenant en compte leurs différentes difficultés, surtout dans leurs premières expériences ; en favorisant la notion de parcours en s’appuyant sur les motivations des jeunes ;

L’importance de la coordination entre acteurs, de la mise en réseau de l’ensemble des professionnels intervenant en direction des jeunes, éventuellement en imaginant l’existence d’un guichet unique ; la volonté de décomplexifier les réponses, d’aider à se repérer dans la multiplicité des interlocuteurs ; la nécessité de se questionner sur les offres de service les mieux adaptées aux demandes des jeunes.